A retenir : l’expulsion locataire
La procédure d’expulsion locataire obéit à des règles précises que propriétaires et locataires doivent connaître. Aucune expulsion ne peut intervenir sans décision de justice : c’est la règle fondamentale qui structure l’ensemble de la procédure.
Les motifs légaux sont limitatifs : défaut de paiement du loyer, manquements graves au bail, absence d’assurance habitation ou troubles du voisinage. La procédure suit un chemin obligatoire (commandement de payer, assignation, audience, jugement, exécution) et chaque étape doit être conduite dans les formes requises.
La loi prévoit des protections importantes : la trêve hivernale suspend toute expulsion entre novembre et mars et certains locataires vulnérables bénéficient de délais prolongés ou d’une protection renforcée.
Le locataire dispose de recours à chaque étape : contestation de la procédure, délais de paiement, aides financières, appel. Un avocat sécurise la procédure pour le propriétaire et défend les droits du locataire face à une expulsion locative.
Un propriétaire qui ne perçoit plus son loyer depuis plusieurs mois et un locataire qui reçoit un commandement de payer se trouvent dans la même procédure, mais de part et d’autre. La loi encadre chaque étape : aucune expulsion ne peut avoir lieu sans décision de justice, et cette règle s’impose à tous sans exception.
Cet article détaille les motifs légaux d’expulsion locataire, les étapes obligatoires de la procédure, les protections prévues par la loi et les recours ouverts à chacune des deux parties.
Les motifs légaux qui permettent l’expulsion locative
La loi du 6 juillet 1989 fixe les conditions dans lesquelles un propriétaire peut engager une procédure d’expulsion. Sans motif reconnu par la loi, aucune résiliation du bail ne peut être prononcée par le juge.
Le défaut de paiement du loyer et des charges
Le défaut de paiement du loyer ou des charges est le motif d’expulsion le plus courant. Lorsque le bail contient une clause résolutoire (ce que prévoient la quasi-totalité des contrats de location), cette clause produit ses effets de plein droit si le locataire ne régularise pas sa situation dans le délai fixé après un commandement de payer. En absence de clause, le propriétaire doit saisir le juge pour obtenir la résiliation.
Un commissaire de justice signifie le commandement de payer au locataire. Ce dernier dispose de deux mois pour régler les sommes dues. Ce délai est celui pendant lequel le locataire peut solliciter une aide au logement auprès de la CAF ou du Fonds de solidarité pour le logement (FSL).
Les autres manquements au bail
D’autres manquements graves justifient une expulsion locative. Les troubles du voisinage avérés et répétés, la dégradation du logement au-delà de l’usure normale, la réalisation de travaux non autorisés, la sous-location à un autre locataire sans autorisation, la cession du bail sans accord préalable ou l’absence d’assurance habitation constituent des motifs recevables devant le juge des contentieux de la protection.
Le propriétaire doit apporter la preuve de ces manquements. Le juge reste seul compétent pour prononcer la résiliation du bail et ordonner l’expulsion du locataire.
Vous faites face à une procédure d’expulsion, que vous soyez propriétaire ou locataire ? Maître Lamia Baba vous accompagne dès la première étape.
Les étapes obligatoires de la procédure d’expulsion
Aucun propriétaire ne peut contraindre un locataire à quitter son logement sans décision de justice. Toute expulsion réalisée hors de ce cadre constitue une voie de fait et expose son auteur à des sanctions pénales.
Le commandement de payer et la mise en demeure
La procédure commence par un commandement de payer signifié par un commissaire de justice. Ce document précise les sommes dues, les manquements reprochés et le délai accordé pour régulariser. La mise en demeure est un préalable obligatoire : elle ouvre au locataire le temps nécessaire pour agir : plan d’apurement, demande d’aide, contact avec un conciliateur de justice ou une association d’accompagnement.
La saisine du tribunal et l’audience
Si la situation reste non régularisée, le propriétaire fait signifier une assignation au tribunal par un commissaire de justice. Cette assignation convoque le locataire à une audience devant le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire.
Les deux parties sont entendues. Le locataire peut se présenter seul, mais l’assistance d’un avocat lui permet de contester les sommes réclamées, de faire valoir ses droits ou de solliciter des délais de paiement au propriétaire. Le juge apprécie la situation : il peut accorder des délais, suspendre la procédure si une régularisation est en cours, ou prononcer la résiliation du bail et ordonner l’expulsion.
Le jugement d’expulsion du logement et son exécution par le commissaire de justice
Le locataire dispose en principe de deux mois pour quitter les lieux après la signification du jugement d’expulsion. Ce délai peut être prolongé par le juge selon la situation personnelle du locataire.
Passé ce délai, le propriétaire sollicite l’intervention du commissaire de justice pour l’exécution de la décision de justice. Si le locataire refuse de quitter les lieux, le commissaire de justice peut demander le concours de la force publique au préfet. En cas de refus prolongé de ce concours, le propriétaire peut engager la responsabilité de l’État et obtenir une indemnisation.

Les limites à l’expulsion : trêve hivernale et situations protégées
La loi prévoit des cas dans lesquels l’expulsion est suspendue ou impossible. Ces règles s’imposent aux propriétaires et doivent être prises en compte dès le début de la procédure.
La trêve hivernale, une suspension temporaire de la procédure
La trêve hivernale court du 1er novembre au 31 mars. Pendant cette période, aucune expulsion du locataire ne peut être exécutée, même si un jugement a été rendu et que le commissaire de justice est mandaté. La trêve suspend l’exécution, non la procédure : un jugement peut être obtenu pendant la trêve, mais son exécution ne peut intervenir qu’à partir du 1er avril.
Des exceptions existent : la trêve ne s’applique pas aux occupants d’un logement sans autorisation, ni lorsque le juge a expressément écarté son application dans des conditions encadrées par la loi.
Les locataires que la loi protège davantage
Certains locataires bénéficient d’une protection renforcée. Le juge tient compte de leur situation pour accorder des délais supplémentaires ou subordonner l’expulsion à une proposition de relogement. La loi vise en premier lieu les locataires de plus de 65 ans aux ressources modestes, les personnes en situation de handicap, les familles avec enfants mineurs et les personnes sans solution de relogement identifiée. Les délais accordés peuvent atteindre douze mois.
Un arrêté de péril sur le logement peut également suspendre ou interdire toute expulsion si le logement est déclaré impropre à l’habitation.
Quels recours et droits du locataire face à l’expulsion
Un locataire qui reçoit un commandement de payer ou une convocation à une audience dispose de recours réels. La procédure peut être contestée, ralentie ou arrêtée à plusieurs stades.
Contester la procédure devant le juge des contentieux de la protection
Le locataire peut contester la procédure sur le fond ou sur la forme. Un vice dans le commandement de payer, des sommes réclamées inexactes ou une clause résolutoire irrégulièrement activée sont autant de motifs pour demander au juge des contentieux de rejeter la demande d’expulsion.
Si le locataire règle l’intégralité des sommes dues avant que le juge ne statue, la clause résolutoire est réputée n’avoir jamais joué et la procédure prend fin. Cette action reste possible jusqu’à la décision. En cas de jugement défavorable, le locataire dispose d’un mois pour former un appel devant la cour d’appel, ce qui suspend l’exécution du jugement pendant l’examen de l’appel.
Les solutions pour régulariser la situation
Plusieurs dispositifs permettent au locataire en difficulté de régulariser sa situation avant que la procédure n’aboutisse. Le FSL peut prendre en charge tout ou partie de la dette locative sous conditions de ressources. La CAF peut rétablir le versement des aides au logement. La CCAPEX peut être saisie pour rechercher des solutions adaptées. L’ADIL apporte une aide et des conseils gratuits aux locataires qui souhaitent connaître leurs recours.
Lorsqu’une caution ou une garantie a été souscrite à la signature du bail, le propriétaire peut l’actionner pour obtenir le paiement des sommes dues, ce qui peut alléger la pression sur le locataire.

Propriétaire ou locataire : pourquoi faire appel à un avocat
La procédure d’expulsion locative est une procédure judiciaire stricte : une erreur de forme suffit à la faire échouer ou à priver un locataire de ses recours.
Le propriétaire face à la procédure : sécuriser chaque étape
Un avocat vérifie la validité de la clause résolutoire avant tout engagement, rédige les actes de procédure, prépare le dossier pour l’audience et veille au respect des délais. Il évite les vices de forme qui peuvent conduire le juge à rejeter une demande d’expulsion pourtant fondée sur des motifs légitimes. Lorsque le locataire conteste les sommes réclamées ou la régularité de la procédure, l’avocat répond point par point et défend les intérêts du propriétaire jusqu’à l’exécution du jugement.
Le locataire face à l’expulsion : connaître et exercer ses droits
Un avocat analyse la procédure engagée contre le locataire, identifie les irrégularités éventuelles et les soumet au juge des contentieux de la protection. Il négocie des délais de paiement, oriente le locataire vers les aides disponibles et le représente à l’audience.
En cas d’urgence, il peut saisir le tribunal pour suspendre une expulsion imminente. Lorsque le jugement est rendu, il examine l’opportunité d’un appel et accompagne le locataire dans cette action si elle est justifiée.Maître Lamia Baba accompagne propriétaires et locataires dans toutes les situations liées à l’expulsion locataire, du premier commandement de payer jusqu’à l’exécution du jugement.
FAQ : Les questions fréquentes sur l’expulsion locataire
Quelles sont les conditions pour expulser un locataire ?
L’expulsion repose sur un motif légal reconnu : défaut de paiement du loyer ou des charges, manquement grave au contrat de bail (troubles du voisinage, dégradation du logement, absence d’assurance, sous-location non autorisée). Le propriétaire doit respecter une procédure obligatoire : commandement de payer signifié par un commissaire de justice, puis saisine du tribunal si la situation n’est pas régularisée dans le délai imparti. Aucune expulsion n’est possible sans décision de justice.
Quand ne peut-on pas expulser un locataire ?
La trêve hivernale, du 1er novembre au 31 mars, suspend toute exécution d’expulsion. Certains locataires bénéficient d’une protection renforcée : personnes âgées de plus de 65 ans aux ressources modestes, personnes en situation de handicap, familles avec enfants mineurs, locataires sans solution de relogement. Le juge peut également rejeter la demande d’expulsion si la procédure n’a pas été conduite dans les règles ou si le locataire a régularisé sa situation avant l’audience.
Comment se déroule la procédure d’expulsion ?
La procédure suit plusieurs étapes. Le commissaire de justice signifie d’abord un commandement de payer au locataire. Sans régularisation dans les deux mois, le propriétaire procède à l’assignation devant le tribunal judiciaire. Le juge des contentieux de la protection examine le dossier lors d’une audience contradictoire. Si l’expulsion est ordonnée, le commissaire de justice signifie le jugement au locataire, qui dispose d’un délai pour libérer les lieux. À défaut, le commissaire de justice peut procéder à l’expulsion avec le concours de la force publique.
Quels sont les droits du locataire face à une procédure d’expulsion ?
Face à une procédure d’expulsion, le locataire n’est pas sans recours. Il peut contester les irrégularités de la procédure devant le juge des contentieux de la protection, solliciter des délais de paiement à l’audience ou régulariser sa dette avant la décision du juge. En cas de jugement défavorable, un appel reste possible dans le délai d’un mois. Le FSL, la CAF et la CCAPEX peuvent intervenir financièrement. L’aide juridictionnelle ouvre droit à l’assistance d’un avocat sous conditions de ressources.
Combien de temps dure une procédure d’expulsion ?
La durée d’une procédure d’expulsion varie selon la complexité du dossier et la charge du tribunal saisi. Dans les cas les plus simples, le délai entre le commandement de payer et le jugement d’expulsion est de quatre à six mois. Lorsque le locataire forme un appel ou que la trêve hivernale s’intercale dans le calendrier, la procédure peut s’étendre sur un à deux ans. L’exécution du jugement par le commissaire de justice ajoute un délai supplémentaire, variable selon la réactivité de la préfecture pour le concours de la force publique.